La religion à Rome
I- Les dieux romains :
1) Les douze dieux principaux :
-Jupiter, maître des dieux, et dieu du tonnerre, de la foudre, équivalent au Zeus grec. Époux de Junon. Nommé Optimus Maximus « Très Bon et Très Grand ». ses symboles étaient l'aigle et la foudre. Le principal lieu de culte était le temple de Jupiter Capitolin, sur le Capitole.
-Junon, épouse de Jupiter, déesse protectrice des femmes, équivalente à Héra, symbolisée par le paon.
-Minerve, équivalente à Athéna, déesse de la sagesse et des artisans, symbolisée par la chouette et la tenue de guerrier, fille de Jupiter et Junon.
-Neptune, dieu de la mer, équivalent à Poséidon, protecteur des pêcheurs et de tout navigateur. Deuxième dieu grec, il ne fut jamais bien important à Rome, qui n'était pas une nation de marins.
-Mars, égal du dieu grec Arès, dieu de la guerre, avait comme attributs les armes et le loup. Auguste lui dédia le temple de Mars Ultor (Vengeur) sur le Palatin, après avoir vengé la mort de César.
-Bacchus, Dionysos grec, dieu du vin, de la fête, promettait une vie après la mort. Les fêtes qui lui étaient dédiées, les Bacchanales, tournèrent en pugilats d'ivrognes, en sacrifices humains. Les adeptes du culte de Bacchus furent donc finalement exécutés, et Bacchus devint un dieu mineur. Mais l'art lyrique et la tragédie furent inventés pour lui rendre des cultes. Son attribut est la grappe de raisin.
-Vénus, déesse de l'amour, équivalente à Aphrodite, aidée de Cupidon, son fils. Mère de Enée, elle serait donc ancêtre de nombreuses familles de Rome. Jules César proclamait partout que son nom de famille, Iulius ou Julius, était le même que le deuxième nom du fils de Enée, Ascagne, appelé aussi Iule. César, ainsi, proclamait descendre de Vénus et du fondateur de Rome.
-Apollon, qui garde le même nom chez les Romains que chez les Grecs, est le dieu des arts, de la poésie, de la musique. Ses attributs sont le soleil (Phoebus, deuxième nom grec de Apollon, veut dire soleil) et la harpe. Apollon était la divinité favorite de Auguste.
-Mercure, messager de l'Olympe, le Hermès grec, exauçait les v½ux et pouvait soigner des maladies. Il transmettait aux hommes les désirs des dieux, en songe ou en apparition. Il protégeait les voyageurs.
-Diane, l'Artémis grecque, déesse de la chasse et de la féminité. Elle était représentée avec un arc et une biche courant à ses côtés.
-Cérès, s½ur de Zeus, déesse de la terre cultivée et du printemps, égale à Déméter. Sa fille Perséphone était mariée à Héphaïstos. Lorsque Perséphone était avec son époux, Cérès ne donnait pas de plantes comestibles.
-Vulcain, le Héphaïstos grec, dieu des métaux, de la forge et des volcans, protecteur des forgerons.
2) Autres dieux romains :
-Vesta, déesse du foyer, était célébrée dans son temple circulaire construit sur le forum du temps des Etrusques. Ses servantes étaient les Vestales. Elles devaient entretenir en permanence le feu sacré de Vesta, qui brûlait dans le temple, symbole de l'unité familiale. Si le feu s'éteignait, les vestales étaient lapidées publiquement.
-Les Satyres, dieux des forêts, excellents musiciens, protégés par Apollon, dont ils étaient les représentants. Les vieux Satyres devenaient des Silènes, compagnons de Bacchus.
-Pan, le dieu des champs, des montagnes, des lieux isolés, des bergers et des troupeaux, fils de Mercure, dieu grec importé à Rome, protecteur des bergers, avait pour attribut la flûte à plusieurs chalumeaux, utilisée par les bergers, et nommée la flûte de Pan.
-Les empereurs, divinisés à leur mort, obtinrent parfois des temples. Ainsi, Tibère fit construire le temple d'Auguste et de Livie (femme d'Auguste) à Vienne, dans l'Isère. L'empereur et l'impératrice défunts devinrent des divinités à part entière. Ils devinrent les dieux de la prospérité, car le règne d'Auguste fut l'âge le plus florissant de Rome.
-Chaque famille possédait ses propres divinités : le genius, « génie », dieu protecteur de la famille, souvent représenté comme un serpent, les mânes, esprits des ancêtres, les lares, deux dieux auxquels étaient voués tous les cultes familiaux, et à qui la famille faisait des offrandes. Voir les chapitres « La maison romaine » et « la famille romaine ».
-Castor et Pollux, deux frères jumeaux qui permirent à Rome la victoire sur les Sabins, au prix de leur vie, furent divinisés. Le temple des Castors fut construit sur le forum, et les deux divinités devinrent les protecteurs des jumeaux, des unions et amitiés.
-Saturne, équivalent au Cronos grec, qui mangeait tous ses enfants, nés de Rhéa, pour éviter que l'un d'eux ne le supplante, qui fut finalement tué par Zeus, qui récupéra dans le ventre de son père tous ses frères et s½urs. Saturne, à Rome, serait en fait Cronos, qui n'aurait pas été tué par Jupiter, mais simplement exilé. Il aurait été rappelé, et serait devenu le protecteur des semailles, temps intermédiaire entre le champ, domaine de Pan et Cérès, et le grenier, domaine de Vesta.
-Esculape, le Asclépios grec, était le dieu de la médecine. Son temple fut construit sur l'île Tibérine. Au Moyen-Age, des milliers de personnes allaient encore dans ce temple, pour offrir au dieu des prières de guérison, ainsi que des ex-voto, en remerciement, jusqu'à ce que le pape décide de détruire ce temple.
3) Croyances et pratiques romaines :
-Junon, sur le Capitole, disposait d'un temple, où étaient élevées des oies qui lui étaient consacrées. En 390, lorsque les Gaulois prirent la ville, le Capitole résista. Durant le siège, les Romains mourraient de faim. Pourtant, ils ne touchèrent pas à ces oies, et continuèrent de les nourrir comme avant, préférant diminuer leur propre ration que celle des oies de Junon. Lorsque les Gaulois attaquèrent de nuit, les oies se mirent à crier, réveillant le jeune Titus Manlius, et lui permettant de sauver le Capitole. Cet acte fut considéré comme un remerciement de Junon.
-Lorsque Rome est en danger, le Sénat vote l'état de crise. Toute la nation se mobilise alors contre l'adversaire, à des titres divers. Un dictateur est élu, qui dirige l'armée. Les pontifes, présidés par le Pontifex Maximus, le « Grand Pontife », maître des religions, interroge les dieux, et prend plusieurs mesures. Par exemple, contre Hannibal :
*Mille animaux furent sacrifiés en une journée à Jupiter
*Un grec, une Grecque, un Gaulois et une Gauloise furent enterrés vivants sur le forum, ce qui fut le premier et le dernier sacrifice humain à Rome
*Plusieurs tonnes de fruits, légumes, gâteaux, vin, furent brûlés en sacrifice aux dieux
*Junon eut droit à un sellisterne, et Hercule et Saturne eurent deux lectisternes chacun. Le lectisterne et le sellisterne sont en fait des repas offerts aux statues des dieux, que l'on couche sur un lit de repas. Le sellisterne est pour les déesses, le lectisterne pour les dieux.
-Le Grand Pontife avait accès, pour interroger les dieux, aux Livres Sibyllins. Il s'agissait d'un ensemble de livres donnés, selon la légende, au roi Tarquin l'Ancien, par la Sibylle de Cumes. La Sibylle était en fait comme la Pythie grecque, une femme qui était assise par-dessus une faille sismique, de laquelle sortaient des fumerolles. La femme était ainsi droguée par les fumerolles, et disait n'importe quoi, qui était interprété comme le langage des dieux. La Sibylle était en Italie, dans la ville de Cumes, et la Pythie était en Grèce. Donc elle donna un jour à Tarquin les Livres Sibyllins, qui étaient en fait plusieurs livres de charabia. Ils étaient étudiés par le Grand Pontife pour connaître la volonté des dieux dans tel ou tel cas.
-Avant une bataille, un général devait aller voir le Grand Pontife, pour connaître le résultat de la bataille. Le Pontife donnait alors du grain aux poulets sacrés. Si ceux-ci n'avaient pas faim, la bataille ne devait pas avoir lieu. Cette tradition disparut presque lorsque les batailles furent loin de Rome. Pendant la première guerre punique, un général nommé Claudius aurait, dit-on, demandé au Pontife le sort de la bataille. Comme on lui rapportait que les poulets n'avaient pas faim et ne mangeaient pas, Claudius entra dans le temple, prit les poulets par la gorge, et les jeta dans le Tibre en criant « s'ils n'ont pas faim, et bien qu'ils boivent ! ». Selon la légende, il perdit la bataille. Lorsque disparut la tradition des poulets sacrés, chaque armée sacrifiait un taureau sur le champ de bataille.
-Lorsqu'un dictateur était élu, le Pontife sacrifiait un taureau, pour lire dans ses entrailles. Avant que le dictateur ne demande au peuple de l'agréer dans sa fonction, il devait attendre que le Pontife lui donne l'accord des dieux.
-Lorsqu'un jeune homme fête ses 16 ans, il devient officiellement adulte. Ses parents doivent faire une cérémonie religieuse dans l'atrium de leur maison, avec la famille entière réunie. Les parents brûlent en sacrifice aux lares de l'encens, des fruits, du sel et du vin. La ou les s½ur(s), pendant ce temps, donnent au garçon un seau d'eau froide et de la saponaire pour qu'il se lave, avant de lui mettre sur la tête une couronne de fleurs qu'elle(s) aura (auront) tressée. Un « tonsor » (barbier) coupe grossièrement les premiers poils de la barbe du garçon, et les donne aux parents. Ceux-ci les brûlent donc dans le laraire, en offrande aux lares. Une prière du père de famille aux mânes, pour qu'ils acceptent et reconnaissent leur descendant, une au genius, protecteur des hommes de la famille, pour qu'il reconnaisse le garçon comme un homme adulte, et le protège, met le garçon sous la protection des dieux de la maison. Dès lors, le garçon devient adulte. Son père et l'intendant de son père lui donnent une toge toute blanche, symbole de citoyenneté, et l'aident à s'en draper. Le garçon a désormais tous les droits de citoyen. Mais le père a le droit d'avancer la date de cette cérémonie de quatre mois maximum, et de la retarder autant qu'il le désire, si son fils ne lui semble pas près.
-Lorsqu'une fille se marie, elle doit donner la veille ses poupées en offrande aux lares, pour symboliser la rupture entre sa vie d'enfant et sa vie d'adulte. Elle devient adulte à la fin du mariage. En général, une fille romaine est mariée à 14 ans, bien que l'âge légal soit 16 ans. Mais les riches laissent généralement la fille décider avec qui elle veut se marier, et quand. Elle passe de la domination de son père à celle de son mari.
-L'empereur en activité doit être célébré chaque année dans chaque ville. Ainsi, les decumvir (décurions, voir le chapitre « organisation romaine ») de chaque ville organisaient une fête où chaque habitant sacrifiait quelque chose, plante ou animal, à la divinité impériale. Ce culte permettait de souder les habitants auprès d'un culte commun, et en les rassemblant une fois par an.
-Lorsqu'une personne était atteint par une maladie que aucun médecin ne parvenait à soigner, ni Grec ni Romain, il allait sur l'île Tibérine, pour adresser à Esculape une prière. S'il était guéri, il devait revenir pour déposer un ex-voto, c'est-à-dire un témoignage matériel de cette guérison : des statuettes représentant le membre malade ou un témoignage écrit.
-Presque 200 jours par an étaient occupés par les fêtes religieuses et publiques. Ces jours-là, il était interdit à quiconque de travailler, même si les salaires étaient quand même versés.
-Les Saturnales était une fête en l'honneur de Saturne. Pendant une semaine, il n'y avait plus ni maître, ni esclave. Chacun était égal. Les esclaves avaient tous les droits, à condition de reprendre leur vie normale à la fin de la semaine. S'ils tuaient quelqu'un pendant cette semaine, on ne leur disait rien, mais on les exécutait lorsque tout redevenait normal.
-Nombre de paysans respectaient toujours les croyances superstitieuses et vouaient un culte aux anciennes divinités agricoles. Mais on ne leur disait rien, du moment que cela ne trouble pas l'ordre public et qu'ils vouent un sacrifice à l'empereur.
-Sous l'Empire, l'empereur exerçait le rôle de Grand Pontife.
II- Les dieux étrangers :
La culture romaine se caractérisait par une grande tolérance envers les autres peuples, un profond respect pour les populations plus vieilles et autrefois importantes, et ce dans tous les domaines, y compris la religion. Ainsi, Rome était envahie par des milliers de divinités, venues de tout le bassin méditerranéen, et même de Chine, d'Inde, d'Arabie, et de Parthie.
1) Les religions traditionnelles :
De nombreux dieux étrangers étaient assez proches de ceux romains. De nombreuses adaptations furent faites dans les provinces, comme le dieu Mars Alator, mélange entre Mars et le dieu britannique Alator. Les Grecs apportèrent non seulement leurs dieux romanisés, mais aussi de nombreuses petites divinités mineures.
Moloch Baal, le principal dieu punique, fut importé pendant la deuxième guerre punique. De nombreux Romains pensèrent, pendant la guerre contre Hannibal, que Moloch était peut-être plus puissant que Jupiter, et adorèrent Moloch. Mais avec plusieurs modifications. Mais revenons en arrière dans le temps, pour voir la religion molochiste.
Au Proche-Orient, de nombreux siècles avant les Romains, un peuple, les Ammonites, adoraient un dieu nommé Moloch, dieu qui demandait des sacrifices humains. Puis les Ammonites furent exterminés par une pluie de météorites, sauf une famille, qui diffusa une religion proche. Plusieurs dizaines de dieux avaient le nom de Moloch. Puis les Phéniciens l'adoptèrent comme dieu principal. Carthage, colonie Phénicienne, prit Moloch comme dieu principal, et l'adapta à un autre dieu, tout aussi dévastateur, tout aussi cruel : Baal, dieu des peuples du désert. Il devint donc Moloch Baal. Moloch Baal réclamait aussi des victimes humaines. Il fallait une victime pour guérir un malade. Ainsi, lorsque Carthage était assiégé par les mercenaires, les prêtres réclamèrent tous les enfants de moins de dix ans, et les brûlèrent vivants dans la statue d'airain, creuse, où était entretenu un brasier. Des milliers de victimes furent brûlées en quelques heures, puis la pluie tomba. On explique ceci par un phénomène météorologique avec la chaleur de l'idole. Mais on voit que, une fois de plus, Moloch tua de nombreuses personnes innocentes.
Certains ont vu, par de nombreux mélanges de dieux, que Moloch pourrait être l'un des parents de Zeus, et donc de Jupiter. Sauf que Jupiter ne demandait pas de sacrifices humains. Mais après la victoire sur Hannibal, les Romains abandonnèrent Moloch Baal, et revinrent à leurs dieux. Moloch Baal disparut avec la destruction de Carthage.
2) Les religions à mystères :
Rome, au départ une nation de paysans, avait des dieux voués aux traditions agricoles ou pastorales. Lorsque la ville devint un empire, les dieux restèrent, mais ne furent plus adaptés aux circonstances. Beaucoup de fêtes religieuses perdirent ainsi leur signification, personne ne se rappelant plus à quel dieu elle était vouée. De plus, l'ensemble des cultes existants mettaient en avant les dieux, et faisaient de l'homme le jouet des éléments.
Voulant une religion qui leur permette de croire qu'ils maîtrisent les éléments, qui leur promette quelque chose dans l'au-delà, de nombreux Romains revinrent aux antiques superstitions. Mais beaucoup plus encore se tournèrent vers les nouvelles religions proche-orientales. Ces cultes devinrent des « religions à mystères ». Voici une énumération des plus répandus.
-Le judaïsme, qui s'était répandu très vite dans l'empire grâce à la « pax romana ». Des millions de Romains s'y convertirent, pour des raisons diverses. Le dieu d'Israël était le seul dieu d'amour, qui ait compassion des hommes. Selon la Bible, l'homme était la représentation de Dieu, et cela donnait aux hommes une impression d'être quelque chose dans ce monde. Mais la circoncision et les interdits rebutaient ceux qui voulaient se convertir.
-Le culte de Bacchus ou Dionysos. Les adeptes du culte dionysiaque devaient boire énormément de vin, car l'ivresse était censée être le moyen de communiquer avec le dieu. N'avaient le droit de participer aux cultes de Bacchus que les adeptes, ce qui amena beaucoup de gens à vouloir en savoir plus. Il promettait une vie dans l'au-delà pour les adeptes.
-Le culte de la déesse égyptienne Isis. La déesse promettait aussi une vie après la mort pour les adeptes. La danse était un moyen d'entrer en transe et de communiquer avec la déesse.
-Le culte de la déesse iranienne Mithra fut le plus répandu. Il apparut après le christianisme. Il fut importé par l'armée des camps du Proche-Orient. La plupart des légionnaires étaient adeptes de Mithra, dans tout l'empire. Dans chaque camp permanent fut créée une salle souterraine, pour le culte de la déesse, comme le voulait le rite. Les adeptes devaient se voiler le visage pour entrer dans la salle avec une torche. La salle devait être sombre et étroite. Mithra offrait une vie après la mort, et plus la personne est courageuse, plus elle sera récompensée, et c'est pour cela que ce fut l'armée qui le diffusa. Le culte de Mithra demandait à un prêtre de sacrifier chaque jour un taureau, et chaque adepte devait en boire le sang, qui devait lui donner de la force.
-Enfin, le christianisme. Beaucoup n'y virent qu'une simple version du judaïsme, aux débuts. Ce qui gênait les Romains dans le christianisme, c'était qu'il était demandé à chacun de ne pas se lier à ses biens, qu'il devait être prêt à quitter à tout moment. La règle demandant d'aimer tout le monde autant sinon plus que soi-même semblait une exagération, et lorsque l'on demandait de ne pas répondre à ses bourreaux, mais au contraire de prier pour eux, cela paraissait être impossible. Le christianisme passait pour une religion pour pauvres, qui incitait les pauvres à se réjouir de leur pauvreté. Mais certains diffusèrent l'idée que le christianisme incitait les pauvres à envier les riches, et les exhortait à lutter contre la noblesse. Un point qui dérangeait entre tous était le fait que les chrétiens refusaient de sacrifier à l'empereur et aux dieux de Rome, qu'ils n'organisaient pas les cérémonies religieuses familiales. Des rumeurs circulèrent alors, répandant l'idée que les chrétiens n'aimaient pas leurs enfants, et devaient être prêts à les sacrifier à tout moment, comme n'importe laquelle de leurs possessions. Mais ne pas sacrifier à l'empereur ni aux dieux de Rome était considéré comme une injure contre Rome, un refus d'appartenir à l'empire. Mais les premiers empereurs admirent cela, puisqu'ils acceptaient aux Juifs un statut spécial. Puis le peuple se mit à crier que les chrétiens, lors de leurs cènes, mangeaient le corps de leurs enfants premier-nés, et en buvaient le sang. Pour l'empereur, ce fut trop. Lorsque Pierre alla demander à Néron d'accorder officiellement aux chrétiens le même statut que les Juifs, il vit que l'empereur était entouré par un prêtre païen et un Juif. L'empereur, sur les conseils de ces deux hommes, refusa cette grâce, et ordonna aux chrétiens de sacrifier à l'empereur, ce qui ne fut pas fait. Mais Néron oublia. Puis vint l'incendie de 64 qui ravagea Rome. Comme le peuple murmurait que Néron était l'incendiaire, celui-ci lança l'accusation sur les Juifs. Les Juifs, eux, firent glisser l'accusation sur les chrétiens, qu'ils présentaient dès lors comme « une branche extrémiste et dangereuse du judaïsme, bien capable d'un tel crime envers le peuple romain ». La chasse aux chrétiens commença. Quelle ne fut pas la surprise des Romains, voyant de nombreux citoyens, voyant même des sénateurs chrétiens, partageant leur repas avec les plus pauvres ! Plus grande encore fut la surprise, lorsqu'ils virent que, en effet, les chrétiens ne craignaient pas la mort, qu'ils priaient pour leurs bourreaux. De nombreux magistrats suppliaient les chrétiens d'abjurer, car ils ne voulaient pas avoir à les exécuter, mais les ordres impériaux étaient stricts. Des milliers de chrétiens périrent en martyr dans le Grand Cirque, sous les yeux de 250 000 Romains, dont beaucoup se convertissaient après chaque exécution. La surprise faisait place à la curiosité, et nombre de Romains rencontrèrent des chrétiens et leur demandèrent de leur expliquer leur religion. Le phénomène prit tant d'ampleur que les exécutions cessèrent d'elles mêmes. Tout le monde vit que les chrétiens ne pouvaient pas avoir allumé le feu à la ville, et l'accusation revint sur Néron.
En 66, lorsque l'ensemble du peuple juif se révolta contre Rome, les chrétiens refusèrent de prendre parti. Les juifs prirent Jérusalem, puis tuèrent de nombreux chrétiens dans la ville. Lorsque les Romains assiégèrent la ville, les Juifs refusèrent de donner à manger aux chrétiens. Mais même les Juifs ne survécurent que grâce au cannibalisme. Puis, lorsque Titus parvint à reprendre la ville, ses soldats ne virent pas la différence entre les Juifs et les chrétiens. Comme tous les Juifs défendaient leur cité, les chrétiens furent pris pour des Juifs qui s'enfuyaient, et tous furent exécutés pendant le combat. La communauté chrétienne de Judée fut dispersée avec celle juive dans tout l'empire en 70, lorsque la révolte fut enfin matée.
En 313 de notre ère, Constantin, l'un des prétendants au trône, promit au dieu des chrétiens de l'adorer, s'il lui accordait la victoire. Et il l'obtint. Peu avant la bataille, un signe se serait présenté dans le ciel, représentant une croix et ces mots « Tu vaincras par ce signe ». Constantin accorda alors aux chrétiens la liberté de culte inconditionnelle, ainsi que le droit de construire des églises partout, leur offrit même des églises et des droits que n'avaient aucun autre culte, lors de l'édit de Milan. Il prit comme ministres des chrétiens. Il se fit faire baptiser sur son lit de mort, par un prêtre arien.
La branche chrétienne des ariens date de 313. L'arianisme est en fait la tentative de Arius d'occidentaliser la pensée chrétienne, difficile à comprendre pour quiconque ne vient ni de Grèce, ni de Judée, ni d'Egypte. Mais cette branche avait aussi une autre idée, qui ne plut pas à tout le monde. Il prétendait que Jésus n'aurait pas été le fils de Dieu, mais juste une entité créée par Lui afin de ramener les hommes dans le droit chemin. Arius mourut peu avant Constantin. Les adeptes de l'arianisme fuirent les persécutions de l'Eglise d'Alexandrie en partant pour les pays barbares, qu'ils convertirent tous à l'arianisme. Ce mouvement disparut au VII siècle, lorsqu'un pape décida d'unifier l'Eglise. Officiellement, à partir de 313, le christianisme devient religion officielle de l'Empire.
Toutes les autres religions seront interdites et leurs temples fermés en 391.
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