LA DEUXIEME GUERRE PUNIQUE
264-241 avant J.C. La première guerre punique oppose le roi carthaginois
Hamilcar Barca, « la foudre », à la flotte toute nouvelle de
Rome. Après bien des déboires, dont la perte de 120 trirèmes lors d'une tempête en –252, en raison de leur poids, Rome triomphe sur le terrain préféré des Carthaginois, la mer, en
241 aux îles Aegates. Le roi carthaginois fait alors jurer à son fils, âgé de 9 ans, de vouer une haine éternelle aux Romains.
240-237 : Les mercenaires à la solde de Carthage assiègent la ville, qui a refusé de les payer. La ville ne se rend pas, et sacrifie à Moloch tous les enfants de moins de dix ans. Le lendemain, les mercenaires lèvent le camp.
237-228 avant J.C. Rome annexe la Sicile et la Sardaigne, tandis qu'Hamilcar s'empare du sud de l'Espagne actuelle, l'Hispanie, et fonde Carthago Nova en latin, aujourd'hui Carthagène « la nouvelle Carthage ».229 : Les Romains interviennent en Illyrie, où la reine encourage la piraterie contre Rome.
228 Hamilcar meurt et laisse le trône à son fils, Hannibal, qui avait combattu à ses côtés en Espagne.
220 : Rome domine toute l'Italie, des Pouilles aux Alpes. En outre,
Sagonte se met du côté de Rome, qui a maté une rébellion des pro-carthaginois de Sagonte.
FORCES EN PRESENCE :
Hannibal possède 50 000 fantassins, venus de plusieurs nations, et qui ne parlent pas la même langue. Chaque peuple est dirigé par un de ses chefs, et Hannibal ne peut être sûr de diriger l'armée entière, indisciplinée. Il emmène en plus 6000 cavaliers et 200 éléphants. À Zama, son armée ne comptera plus que 20 000 hommes.
Les Romains peuvent mobiliser 500 000 soldats, grâce à leurs alliés en Italie, et près de 50 000 cavaliers. Le nombre de légions, de 4 est passé à 6 quelques années auparavant, chacune de 5000 hommes. Mais la majorité de ces légions se trouvent en
Macédoine, les Romains étant intervenus dans l'invasion de la Grèce par la Macédoine. Les Romains doivent donc combattre sur deux fronts, et le roi
Philippe de Macédoine profitera de cela pour annexer quelques territoires. La marine romaine compte 220 quinquérèmes, qui contrôlent la Méditerranée occidentale.
II- Hannibal : Hannibal est né dans la famille des Barcides, c'est à dire la famille Barca en
250 avant J.C. Il est l'aîné d'une fratrie de trois enfants, trois garçons :
Hannibal, Magon et Hasdrubal. En –241, son père lui fait jurer sur l'autel de Moloch Baal de vouer une haine éternelle aux Romains. Il combattit aux côtés de son père pendant la conquête de l'Hispanie et, à sa mort, celui-ci désigna un général du nom de
Hasdrubal pour établir une régence, en attendant que son fils, âgé de 22 ans devienne plus raisonnable et apprenne à obéir.
Mais Hannibal prend le pouvoir un an plus tard et décide de réunifier les peuples hispaniques qui avaient profité de la mort d'Hamilcar et de la faiblesse de Hasdrubal pour se révolter. Par le
traité de 226, il doit limiter son expansion au fleuve
Ebro et accorder un statut spécial aux cités alliées de Rome, dont la plus importante était
Sagonte, aujourd'hui Sagunto.
En juin 219 avant J.C., Hannibal sort de
Carthago Nova à la tête d'une armée de 50 000 fantassins, environ 6000 cavaliers et 200 d'éléphants, après avoir réunifié tous les peuples au sud de l'Ebro, et marche sur Sagonte. Il lui faut 6 mois pour prendre la ville, défendue par les habitants qui se démenaient comme des diables, 6 mois d'un siège horrible. Le jour, les béliers et les catapultes détruisaient les murs, l'infanterie se jetait dans la brèche, étaient repoussés, revenaient, repartaient. La nuit, les Sagontins réparaient les murs, préparaient leurs armes pour le lendemain. Malgré tout, pièce par pièce, maison par maison, rue par rue, Hannibal avançait. La nuit, des murs étaient de nouveau édifiés là où les habitants étaient repoussés. Hannibal envoyait émissaire sur émissaire pour obtenir la capitulation, les suppliait de se rendre, car il estimait tellement leur bravoure qu'il ne voulait pas les massacrer. Mais les émissaires ne revenaient jamais en un seul morceau, qu'ils soient Carthaginois ou Sagontins infidèles.
Lors de l'assaut final, Hannibal reçut une javeline dans la cuisse et abandonna le combat. Le combat dura trois jours et deux nuits, une lutte acharnée, sanglante, le genre de bataille qui marque à vie quiconque y a participé, physiquement et mentalement. Les Sagontins furent tous massacrés.
III- L'intervention romaine : Entre temps, les Sagontins étaient parvenus à envoyer des estafettes au
Sénat, à Rome.
Là, personne ne voulut croire au siège de Sagonte par Carthage. En outre, ils étaient trop occupés par la campagne contre les pirates Illyriens. C'est après la chute de Sagonte, que les sénateurs se rendent compte du danger. Ils proposèrent d'envoyer les cinq sénateurs les plus respectables au
Conseil carthaginois pour réclamer que le siège soit levé, que le jeune roi soit rappelé et déposé et que Carthage rembourse Rome et Sagonte, au nom de l'accord de paix signé par Hannibal même. Les ambassadeurs vont d'abord voir Hannibal à Carthago Nova. Celui-ci les expulse. Les sénateurs, dirigés par
Quintus Fabius Maximus, se rendent alors à Carthage.
Bien que le Conseil ne reconnaisse pas Hannibal comme le roi, ils prirent un malin plaisir à railler les sénateurs, déclarèrent le siège de Sagonte comme valide, et renvoyèrent les sénateurs avec un message à lire devant le Sénat, déclarant la guerre contre Rome. Ils avaient deux excuses : Sagonte était dans la zone punique, selon le traité de 226, et Carthage n'a de toute façon pas signé le traité. Les ambassadeurs cherchent des alliés en
Gaule, mais personne ne veut, prétextant que Rome ne veut qu'écarter la guerre de l'Italie. Un seul Carthaginois,
Hannon, après le départ des Romains, proposa de faire ce que demandaient les Romains. Il ne fut pas écouté, mais le Conseil décida de faire revenir Hannibal.
Mais Hannibal ne revint pas. Le jeune roi laissa à son frère
Hasdrubal la défense de l'Hispanie, avec 20 éléphants, 2500 cavaliers, et 20 000 fantassins.
Tiberius Sempronius Longus et Publius Cornelius Scipio partent, le premier en
Afrique, le second en
Hispanie, afin de couper les approvisionnements d'Hannibal. Celui-ci franchit les
Pyrénées au col de Perthus, et longea la côte méditerranéenne en direction de l'est. Ceci parce que, depuis 241, Rome possédait l'hégémonie en méditerranée occidentale. Seules 150 quinquérèmes étaient sous le contrôle de Carthage, pour défendre la ville, et Rome veillait à leur usage. Il était accompagné de son frère
Magon et de
Maharbal, chef de la cavalerie.
A
Avignon, en juillet, celui-ci lui permit d'anéantir une vaste armée gauloise en traversant le Rhône en amont et en prenant les Gaulois à revers tandis que l'infanterie traversait. La ville de
Massalia appela Scipion à l'aide, et le consul débarqua dans le delta du Rhône avec trois légions. Hannibal décida de remonter le fleuve. Scipion envoie sa cavalerie, constituée de 900 hommes, pour harceler l'armée carthaginoise. En route, ces cavaliers se heurtent à 500 cavaliers numides, et les Romains s'enfuient, après avoir subi de lourdes pertes. Scipion marche sur Hannibal, avec ses légions, mais trop tard. Arrivé dans l'actuelle Auvergne, Hannibal fut réclamé pour juger un litige. Deux Allobroges se disputaient le trône d'une cité après la mort de leur père, et proposèrent des présents à Hannibal pour obtenir le trône. Hannibal choisit alors l'aîné, qui lui offrait le plus. Escorté par des Arvernes, guidé, et nourri, il arriva au pied des Alpes.
IV- La traversée des Alpes : La traversée des Alpes par Hannibal est de loin le passage le plus célèbre de la deuxième guerre punique, même si aujourd'hui peu de gens savent comment elle se passa réellement, ni même son ampleur ou le but de la traversée.
Nous sommes en plein
hiver de l'année 218 avant J.C. Une armée de presque 50 000 hommes est en marche pour envahir
l'Italie. Seulement, les deux camps antagonistes considèrent les Alpes comme une frontière infranchissable, muraille telle que jamais aucun homme ne pourra ériger ou détruire. Hannibal entame l'ascension du col nommé aujourd'hui saint Bernard. Lors de la traversée, des hordes de guerriers montagnards belliqueux, issus d'un mélange entre les peuplades néolithiques et les envahisseurs celtes quelques siècles plus tôt, déferlèrent sur l'armée, combattant là où on ne pouvait être plus de deux ou trois côte à côte, provoquant des avalanches. Heureusement pour Hannibal, et un peu pour Rome aussi, qui ne serait jamais devenu ce qu'il était sans la victoire sur Hannibal, ces farouches guerriers venus tout droit du passé avaient peur des éléphants. Il suffisait que ces animaux soient assez régulièrement positionnés pour faire fuir les ennemis. Hannibal lutta contre ces barbares et parvint à piller leurs hameaux, afin de nourrir son armée, et à capturer des hommes qui lui indiquèrent une route censée faciliter la progression. Bien évidemment, la « route » était plus difficile que l'aurait été celle empruntée jusqu'alors. Les éléphants, pris de vertiges, paniquaient, piétinaient des cornacs, tombaient dans le vide en entraînant des dizaines d'hommes ; la glace empêchait de se tenir debout, et beaucoup glissèrent. En outre, le froid, la faim, les raids barbares décimaient les Carthaginois. Au bout de quelques semaines, une rumeur circulait dans l'armée : l'avant garde était en vue de l'Italie.
En effet, l'armée d'Hannibal était en vue des plaines fertiles qui longent le fleuve portant le nom de Pô, mais aucun chemin ne semblait permettre de descendre de cette falaise où ils se trouvaient. Il fallut trois jours pour que des éclaireurs découvrent un passage.
Pendant la descente, les soldats reprirent espoir. Ils pensaient avoir affronté le plus dur et avoir mérité le pillage de Rome. Mais la descente fut périlleuse. Les « marches » taillées par l'avant garde ne convenaient pas aux éléphant, et la glace faisait glisser hommes et éléphants. Chaque éléphant qui glissait entraînait les hommes devant lui. Pour l'avant garde, les hommes marchaient sur la glace, récemment posée sur de la vieille glace encore plus solide. Beaucoup tombaient. Pour tailler une « marche », il fallait environ une demi-heure. Enfin, au bout d'une longue route jalonnée par les cadavres, l'armée, qui n'était plus que l'ombre d'elle-même arriva sur le sol vert et chaud de l'Italie. Les soldats s'effondrèrent sur l'herbe. 20 000 fantassins, 6000 cavaliers et 40 éléphants arrivent au pied des Alpes.
V- La réponse romaine : A Rome, la nouvelle de l'arrivée de l'armée carthaginoise sur leur sol jeta tous les Romains dans un grand trouble. Les sénateurs, ne pensant pas qu'une armée puisse traverser les Alpes, n'avaient pas appelé de soldats. Tous étaient terrorisés. Les hommes tenant des responsabilités essayaient de minimiser les possibilités d'Hannibal et vantaient les légions romaines, mais le peuple savait qu'Hannibal était dangereux, et qu'il irait jusqu'au bout. En temps de paix, Rome maintenait alors sur le pied de guerre six légions de 4800 hommes, soit 28 800 légionnaires. Chacun des deux consuls commandait trois légions. Pour beaucoup, cela suffisait.
Seulement, Hannibal rallia les
Gaulois cisalpins, qui refusaient la présence romaine.
Capoue, rivale économique de Rome, se montre favorable au Carthaginois. Les troupes qui combattaient en Sicile sont rappelée, l'expédition de
Cneius Scipion en Hispanie reçoit un renfort de deux légions.
Publius Scipion revient en Italie, pour affronter Hannibal.
Les trois légions de Publius Scipion traversent le fleuve
Tessin sur un pont de radeaux, lorsque l'armée d'Hannibal arrive sur l'autre rive. Les avant-gardes combattent sans attendre le reste des troupes, ni aucun ordre, et les cavaliers numides chargent l'infanterie légère : les vélites. Ceux-ci s'enfuient. Le ruisseau, gonflé par les pluies d'hiver, détruit alors soudainement le pont. Le consul,
Publius Cornélius Scipion, est gravement blessé, et son fils parvient à le sortir du combat. Tous les peuples gaulois, même Alliés de Rome, rejoignent la révolte, et chaque Gaulois veut offrir à Hannibal la tête d'un Romain, afin de lui montrer leur bonne volonté. En Sicile, la plupart des cités sont prêtes à passer à l'ennemi. Même la ville grecque de
Syracuse, bien que son roi
Hiéron reste fidèle à Rome. La flotte punique sort des ports pour conquérir la Méditerranée. Mais la marine romaine ne dépend pas des consuls, elle peut ainsi combattre sans voir ses effectifs diminués, et la flotte carthaginoise est réduite à 50 quinquérèmes.
Dasius, général romain, livre la ville de
Clastidium aux Carthaginois. Hannibal pense alors que même les Romains abandonnent leur peuple. Mais il ne s'agit que d'un cas isolé.
Le lendemain de l'arrivée à Rome de la nouvelle, le Sénat fit appel à 9400 citoyens pour former deux légions supplémentaires et 35 000 as, soit 1 400 euros si l'on convertit fut demandée aux plus riches des citoyens pour la levée et l'entretient de ces deux légions. Toutes les légions romaines se regroupent à
Plaisance, sous le commandement de
Tibérius Sempronius. Une bataille de cavalerie permet aux Romains de reprendre espoir.
Douze jours plus tard, deux jours avant l'arrivée de ces renforts, le camp est attaqué par les Carthaginois. La lutte tourne à l'avantage des Romains. Soudain, les Carthaginois et leurs alliés battent en retraite, poursuivis par les légionnaires désireux de venger leurs camarades morts sur les rives du Tessin. Ils se jettent dans les eaux glacées de la
Trébie à leur poursuite, quand une volée de flèches déchire l'air. Comprenant qu'Hannibal les avait attirés dans un piège, les Romains qui voulurent faire demi-tour moururent gelés et épuisés. Les légionnaires tentèrent de rejoindre la rive, maintenant proche, d'où venaient les flèches. Ceux qui échappèrent aux flèches sortaient de l'eau épuisés par leur lutte contre le courant avec leur lourde armure, frigorifiés, parce que, d'après Tite-Live, le ruisseau charriait des glaçons, la neige tombait. Ces légionnaires se heurtèrent alors au gros de l'armée punique. En toute hâte, ils reformèrent leurs rangs pour la bataille. Ils furent éparpillés par la charge des éléphants. Lors de la guerre contre Pyrrhus, ils avaient découvert que si on lançait un javelot à un certain endroit, les éléphants s'enfuyaient. Les vélites parvinrent ainsi à repousser les éléphants. Hannibal lança alors son infanterie. Magon, avec 1000 cavaliers, prit les légions à revers. Le combat dura plusieurs heures. La supériorité numérique de l'armée punique lui permettait de lancer des troupes fraîches pour remplacer celles qui commençaient à fatiguer. Lorsque Hannibal décida d'envoyer toute son armée, les Romains ne soutinrent pas le choc et s'enfuirent. Ils furent massacrés par le froid, les flèches, la faim et la fatigue. Sempronius parvint à ramener 10 000 survivants dans la ville de Plaisance, sur les 30 000 qui avaient quitté la ville. En pleine nuit, le camp établi sous les murs de Plaisance fut attaqué et tomba, mais Plaisance résista. Hannibal dirige alors 60 000 hommes, surtout des Gaulois. Il traite bien les Italiens capturés, pour leur faire croire qu'il ne veut que les libérer du joug romain. Il passe l'hiver à
Bologne.
A Rome, le lendemain, beaucoup craignaient que Hannibal n'arrive le soir même, et plusieurs familles fuirent la ville. Mais Rome devait encore subir la plus grande défaite de son histoire lors de la plus grande et la plus célèbre des batailles de l'Antiquité à Cannes, un an plus tard.
VI- Les deux plus grandes batailles : Après la bataille de la Trébie, Hannibal décide d'empêcher les deux consuls
Caius Flaminius, stationné à
Arretium, aujourd'hui Arezzo et
Cneius Servilius Geminus, ayant établi son camp sur la côte
Adriatique de se retrouver en passant par la chaîne des
Apennins et les marais étrusques. D'après la légende, le consul Caius Flaminius n'était pas allé saluer Jupiter avant de rejoindre son armée, et le taureau qu'il sacrifia en arrivant au camp s'enfuit, la gorge à moitié tranchée. En outre,
Tite-Live insiste sur certains prodiges comme des tremblements de terre, des pluies de pierres à Rome même ; il dit que, en Sicile, des soldats virent leurs tuniques s'enflammer, que, dans un temple dédié à Mars, à Rome, une secousse fit mélanger des jetons et l'un d'eux tomba, sur lequel était gravée la phrase « Marvor (Mars) brandit sa lance ». Il parle de statues de loups dédiés à Mars qui se mirent à pleurer et à saigner, et raconte qu'un jour, un homme vit le taureau qu'il emmenait vendre au forum boarium partir au galop, gravir plusieurs étages d'une insula, et sauter dans le vide. Comme chacun était plongé dans ses pensées, une statue d'Hercule se mit à éclater de rire...
Hannibal franchit les Apennins sous une violente tempête, dans laquelle moururent les derniers éléphants. Après une horrible traversée des marais étrusques, de deux jours pendant laquelle il perdit un ½il et plusieurs centaines d'hommes, surtout des Gaulois cisalpins, indisciplinés, qui s'étaient ralliés à lui après les premières batailles, le roi carthaginois décida de pousser Flaminius à bout et le forcer à faire une erreur.
Il ordonna à ses troupes de s'éparpiller et de piller et brûler la riche campagne
d'Étrurie. Pendant des jours, les Romains purent voir des troupes tuer, voler, brûler les champs, les villages. Flaminius savait que l'Etrurie était alors le grenier à blé de Rome, et ne supportait pas de rester là tandis que des
barbares ruinaient l'Italie. Il donna donc l'ordre de se préparer au combat, sans attendre Servilius, qui arrivait. Pendant de nombreux jours, l'armée romaine poursuivit Hannibal, qui préférait ravager les territoires plutôt que de combattre.
Nous sommes en
juin 217 avant J.C. Le consul fait établir son camp à proximité du
lac Trasimène. Les éclaireurs répandent partout la bonne nouvelle : Hannibal n'est pas loin, le lendemain, chacun pourra venger sa patrie, sa famille, ses amis. La nuit vient, les hommes préfèrent se préparer à se battre que de dormir. La tension croît au fur et à mesure du temps qui passe.
Avant l'aube, Flaminius fait détruire le camp et prépare la colonne pour le combat, de l'autre côté du lac. Une blague faite par un soldat est reportée par Tite-Live : « écoute bien les canards pour éviter le lac et une traversée comme celle des marais étrusques : tu deviendrais borgne et on te prendrait pour un ennemi ». Ceci montre la bonne humeur des Romains à l'approche de ce qui devait être une grande victoire.
Afin d'arriver au camp ennemi, Flaminius fit passer son armée par un
chemin étroit situé entre le lac et de hautes montagnes, sur la gauche des légionnaires, au nord-est du lac.
Un épais brouillard empêchait de voir la taille de l'armée qui s'étirait pour emprunter le sentier. Tout d'un coup, une immense clameur couvre les sommets. Les Romains comprennent alors leur mauvaise posture. Ils attachent leurs casques, passent leurs boucliers au bras gauche et dégainent leurs glaives. L'armée d'Hannibal surgit de partout à la fois, sans ordre, sans discipline. Un Gaulois aperçoit le manteau écarlate du consul, et crie : «Voilà celui qui a détruit notre armée ! ». En effet, en 222, Flaminius avait écrasé une rébellion en Gaule cisalpine. Le Gaulois lança son javelot qui transperça le c½ur du consul. Les triarii, les soldats les plus expérimentés de la légion de l'époque couvrirent la fuite des hastatii et des principes, qui allèrent se heurter aux Carthaginois qui prenaient l'armée à revers ou allèrent se noyer dans le lac. Le combat était si rude que peu remarquèrent que la terre s'était mise à trembler, créant de grandes vagues sur le lac. 6000 hommes de la tête de colonne parvinrent à percer les lignes puniques, et partirent prévenir Rome. Maharbal les rattrapa et les fit massacrer Sur les 30 000 légionnaires, 15 000 perdirent la vie, 15 000 furent fait prisonniers. Hannibal ne perd « que » 2000 hommes.
Hannibal
ne retrouva jamais le corps du consul, qu'il voulait honorer, et fit enterrer les morts. Maharbal partit ensuite à la rencontre de Servilius, et anéantit son armée à la
bataille des marais de Plestia.
Les sénateurs décidèrent de réagir en votant l'état de crise et nommèrent
Quintus Fabius Maximus, ancien consul, dictateur, et élirent
Marcus Minucius Rufus au poste de chef de la cavalerie. A l'époque, quand le Sénat votait l'état de crise, il nommait un homme compétent, qui avait tous pouvoirs pendant six mois, et élisaient un chef de cavalerie qui était en fait le deuxième homme le plus influent pendant six mois. A la fin de la guerre, Fabius perdit le surnom de Maximus « le plus grand » au profit de
Cunctator « le temporisateur », pour ce qu'il aura fait contre Hannibal. En effet, pendant sa dictature, le conflit contre le chef punique se transforma en une véritable guerre froide.
Fabius considérait qu'il fallait avant tout défendre Rome. Pour lui, les précédentes batailles étaient un signe que Hannibal n'était pas celui que l'on pensait, et il estimait qu'en le suivant, et en restant assez distant, en le laissant ruiner le pays sans rien dire, il finira par mourir de faim sur les terres qu'il aura lui-même brûlées, ou devra rentrer chez lui. Il fortifia Rome, et fit assurer la domination romaine sur la mer. Il fit construire une centaine de quinquérèmes, fit organiser des patrouilles maritimes. Il fait faire des sacrifices à tous les dieux, y compris Moloch Baal, le dieu de Carthage, qui demandait le sang d'enfants.
Hannibal choisit alors de changer ses tactiques de combat. Il équipe ses troupes d'armes romaines, et les organise non plus en phalange, mais en unités, comparables aux centuries romaines. Malgré tout, il échoue dans le siège de
Spolète, et ses guerriers commencent à douter de sa stratégie à la romaine. Mais Capoue attend le moment favorable pour faire défection et rejoindre les Carthaginois. En Sardaigne,
Hanspicora déclenche l'insurrection générale mais la marine romaine interdit aux navires puniques tout soutien aux insurgés.
Servilius Geminus, avec deux légions, écrase le mouvement puis rallie Rome et renforce le dispositif de Fabius. En Espagne,
Hannon est tué par Cneius Scipion, qui prend
Tarragone. De là, Scipion appelle Publius Scipion, et recrute des mercenaires. Les Massaliotes donnent leur flotte de guerre aux deux Scipions, qui organisent le
siège de l'Hispanie. En
septembre 217, toute la partie de l'Hispanie au nord de l'Ebro redevient romaine.
En Italie, Hannibal pille la
Campanie et le Samnium. Mais Minucius considérait Fabius comme un faible, et obtint du Sénat, plus enclin au combat qu'à la patience, des pouvoirs analogues à ceux de Fabius. Les deux hommes décidèrent de diviser leur armée en deux, chacun recevant deux légions. Hannibal était enfermé dans les
Pouilles, entre le détroit de Messine, Fabius et Minucius. Il attaqua ce dernier, qui était situé dans la plaine. Du haut de la montagne, Fabius aperçut que le combat tournait mal, et fit sortir ses légions. Lorsque Hannibal se vit encerclé, il ordonna la retraite, avant même que Fabius n'arrive. Le soir, Hannibal envoya 2000 b½ufs portant des fagots de bois enflammés qui leur brûlait la peau sur la route défendue par une centurie de vélite durant la nuit et les vélites, prenant peur, grimpèrent la colline et entendirent une longue marche. Le lendemain, Hannibal n'était plus dans son camp.
Il avait donné des ordres, afin que seule la villa de Fabius soit épargnée. Le Sénat crut alors que ce dernier était un traître, et le démirent de ses fonctions. Hannibal était soulagé d'avoir perdu un tel adversaire, mais en même temps peiné d'avoir ruiné la carrière d'un homme aussi intelligent, prêt à tant de sacrifices, et surtout si patient, si maître de lui-même et de ses soldats. Les Carthaginois passent
l'hiver 217-216 à Gerunium. Hannibal envoie des émissaires à Carthage, pour recevoir des renforts, et de l'or. Mais le Conseil de Carthage refuse de risquer la vie de plus de soldats.
En Hispanie, les frères Scipion anéantissent les 40 quinquérèmes de
Himilcon, qui constituent l'escadre hispanique.
Hasdrubal est contraint de se replier en Lusitanie,pour regrouper ses troupes, et laisse les Romains piller le sud de l'Hispanie. 70 quinquérèmes puniques, toutes neuves, cinglent sur
Pise, pour prendre la ville, et contraindre les Romains à séparer leur armée en deux. Mais Servilius les intercepte avec 120 vaisseaux, et les poursuit jusqu'à l'intérieur même du port de Carthage, les détruisant tous.
Le Sénat élut comme consuls
Lucius Aemilius Paulus, dit Paul-Émile et
Gaius Terentius Varron. Fabius conseilla à Varron de continuer sa stratégie, de sacrifier sa carrière pour la patrie, mais Varron refusa. Seul Paul-Emile voulut continuer la stratégie de Fabius, mais avec d'avantage d'escarmouches, pour épuiser encore plus les troupes puniques.
En
hiver 216, le Sénat décida de lever quatre légions supplémentaires. Le peuple commençait à être fatigué de cette guerre : déjà les champs des environs de Rome étaient laissés en friche. Le Sénat demandait même aux citoyens non-propriétaires et à des hommes non-citoyens de défendre leur patrie.
D'après Tite-Live, c'est à ce moment qu'une « pluie de pierres en feu » tomba sur Rome, détruisant de nombreuses maisons, enflammant des temples et des boutiques. En outre, une
tentative de débarquement en Afrique échoue. Hasdrubal reçoit un renfort de 4000 fantassins et 1000 cavaliers. Pourtant, le Conseil refuse qu'il reprenne l'Hispanie.
A ce moment là, les deux consuls étaient réunis dans le même camp, avec 80 000 fantassins et 6 000 cavaliers, la plus grande armée romaine jamais vue. Hannibal avait son camp de l'autre côté de la plaine dominée par la citadelle de
Cannes, et comptait 50 000 soldats et 10 000 cavaliers. Les consuls dirigeaient l'armée à tour de rôle, un jour sur deux. Le 2 août 216 avant J.C., Varron, qui avait le commandement, fit donner l'ordre de se préparer à se battre. Les légions se rangent en ordre de bataille sous un soleil de plomb. Des rafales de vent soulèvent le sable. L'armée carthaginoise vient se stopper plutôt que se ranger en face. Les Romains constatent alors qu'ils sont coincés entre l'armée d'Hannibal et la rivière
Aufide sur leur gauche, et que les rafales de vent propulsent le sable contre eux, ils ont du mal à voir, avalent du sable, s'irritent les yeux. Paul-Émile dirige la cavalerie, qui, bloquée entre la rivière et l'infanterie, ne pourra pas bouger ses chevaux.
Hannibal lance la charge et son avant garde est ralentie par les vélites. L'infanterie se recule, puis la cavalerie espagnole et gauloise charge la cavalerie romaine qui ne peut pas se défendre. Les cavaliers romains sont alors jetés à terre et combattent à pied, tandis que l'infanterie carthaginoise empêche les Romains d'avancer, sans combattre à proprement parler. Une trentaine de cavaliers romains parviennent à survivre en fuyant vers la ville. Paul-Émile appelle alors les légions à l'aide, et tente de les rejoindre avec une dizaine de cavaliers courageux, sans montures. Paul-Émile tombe de la sienne, touché par une balle de fronde.
Pendant ce temps, Varron a donné l'ordre à l'infanterie de charger. Mais le centre de l'infanterie carthaginoise fit mine de céder et renforça les ailes, qui se rabattirent sur les légions qui se retrouvèrent encerclés. Maharbal charge alors les groupes de soldats isolés, et achève l'encerclement des légions. Les Romains se retournent pour faire face à cette nouvelle menace. Alors l'infanterie et la cavalerie punique chargent en même temps, et les légionnaires ne peuvent pas se défendre.
45 000 Romains, Paul-Émile et 80 sénateurs perdirent la vie dans la bataille, la plus grande défaite de Rome. Une seule légion échappe au massacre, une légion commandée par un Scipion, qui a refusé d'attaquer. Ils partent prévenir Rome de la défaite. Le soir, les Carthaginois retrouvent l'un des leurs vivant, sous un légionnaire qui, avant de mourir, lui avait arraché nez et oreilles et crevé les yeux avec ses dents, symbole de la détermination romaine. Pour les Carthaginois, 6700 hommes sont morts.
VII- Rome reprend les choses en main A Rome, les armes déposées dans les temples, venu du butin des victoires furent prises afin de défendre la ville contre Hannibal.
Le chef de la cavalerie de ce dernier, Maharbal, proposa à Hannibal de le laisser faire et,
le lendemain, ils dîneraient ensemble au Capitole. Hannibal préféra réfléchir, Maharbal lui dit alors : «
tu sais vaincre Hannibal, mais tu ne sais pas profiter de ta victoire ».
Le Sénat romain décida de lever une armée de volontaires esclaves au nombre de 8 000, qui pouvaient espérer devenir libre à la fin de la guerre. Des impôts supplémentaires furent levés. Les portes de la ville furent fermées pour empêcher le départ des citoyens, afin qu'ils combattent, les femmes durent rester chez elles, afin que leur peur ne contamine pas les « hommes courageux », et les forums furent barricadés afin d'empêcher les troubles.
Un Gaulois, une Gauloise, un Grec et une Grecque furent enterrés vivants sur le marché à bestiaux : le premier et le dernier sacrifice humain romain, et des sacrifices sont fait à Moloch Baal, le dieu de Carthage.
Varron est à
Canusium, non loin de Cannes, avec 10 000 soldats rescapés, après avoir traversé les lignes puniques, sans aucune perte, grâce à l'effet de surprise. Hannibal reste plusieurs jours pour vendre le butin. Il envoya dix légionnaires au Sénat proposer le rachat de 7 000 prisonniers au prix de 500 deniers par cavalier et 300 par fantassin. Le Sénat refuse, et les soldats retournent au camp ennemi se constituer prisonnier. Rome persévéra plutôt que se rendre comme l'eut fait n'importe quel autre peuple de l'époque. Mais les alliés se sont presque tous ralliés à Hannibal. Tite-Live dit : «
le Sénat était pour Rome et le peuple se prononçait pour les Carthaginois ».
Magon annonça au Conseil de Carthage la victoire, et obtint un renfort de 12 000 fantassins, 1500 cavaliers et 20 éléphants. Il avait ordre de revenir en Italie par les Alpes, et de prendre les Romains à revers.
Marcus Claudius Marcellus part pour Capoue, mais Hannibal le devance, et la ville s'ouvre devant le jeune roi. Capoue refuse par contre que l'on mobilise ses hommes.
Toutes les cités du Sud, excepté les villes de Grande-Grèce, se rallient à Hannibal. Rome établit une garnison à
Naples, et s'assure le soutient des villes du nord de la Campanie. Marcellus parvient à reprendre
Nola à Hannibal. Celui-ci se prépare à passer l'hiver à Capoue. Fabius est rappelé à ses fonctions, et reprend sa tactique d'harcèlement. En Sicile,
Hieronymos succède à Hiéron, mort à l'âge de 90 ans, et rallie l'île au vainqueur. La
Sardaigne se révolte, pour devenir indépendante. En
Gaule Cisalpine, les Gaulois anéantissent les 2 légions et les alliés de l'armée de
Lucius Postumius Albinus, soit 25 000 soldats, dans la
forêt Litana. En
215, le roi
Philippe V de Macédoine propose une alliance avec Hannibal. 4000 fantassins puniques débarquent en outre en Italie et rejoignent le roi carthaginois. L'Italie du Sud tombe toute entière sous la domination punique. Cependant, 200 quinquérèmes macédoniennes, qui apportaient de l'argent, des vivres et des renforts à Hannibal sont coulées. Hannibal ne parvient pas à déclencher une bataille, et s'enferme à Capoue. Rome pense alors être en mesure de séparer son armée, et établit trois camps autour de Capoue. Des légionnaires débarquent en Macédoine, et chassent Philippe V de
Grèce. 200 000 Romains sont sous les armes, depuis l'âge de 15 ans, jusqu'à 55 ans, des esclaves et des criminels.
Hannibal propose une trêve, mais Rome refuse.
Entre 216 et 211, Hannibal et ses soldats s'abrutirent à Capoue. En 215, il proposa un accord avec la cité, où il envisageait de partager l'Italie entre Carthage et Capoue. En 214, il proposa l'idée d'un État en Italie du Sud dirigé par Capoue, et qui aurait dû entrer en vigueur un an plus tard. Peu à peu, toutes les villes italiennes redeviennent romaines. La même année, les frères Scipion reprennent Sagonte, et empêchent Hasdrubal de franchir l'Ebro pour porter secours à son frère. En 213,
Tarente rejoint le camp d'Hannibal. En Sicile, les nobles se révoltent, prennent le pouvoir et appellent Rome. Mais Marcellus, en détruisant les dernières poches de résistance dans l'île, massacre des milliers de Siciliens. La Sicile entière se soulève de nouveau. Carthage en profite, et fait débarquer 25 000 hommes en Sicile. Marcellus met le siège devant Syracuse. La plupart des Carthaginois périssent de la fièvre, car ils avaient établit leur camp dans des marais, pour assiéger Marcellus.
Bomilcar force la flotte romaine à Syracuse, avec 155 quinquérèmes, mais échoue.
Archimède défend la ville.
En 213, l'Hispanie tombe aux mains des Romains.
En 212, le consul Marcellus reprit Syracuse. En effet, la ville était défendue par le célèbre Archimède. Selon la légende, il serait parvenu à enflammer beaucoup de vaisseaux romains avec des miroirs paraboliques et des loupes solaires géantes. Pendant ce siège, les Romains rassemblèrent plusieurs quinquérèmes deux par deux par un pont sur lequel ils mirent des tours d'assaut, afin de donner l'assaut par la mer. Quand la ville était en train de brûler, que les soldats romains la pillaient, un soldat trouva Archimède et, ne le reconnaissant pas, lui demanda où était Archimède, que Marcellus admirait tellement qu'il voulait l'épargner. Comme l'homme se taisait, le soldat le tua.
En 211, Rome châtia plusieurs peuples alliés révoltés. La Sardaigne est récupérée.
Hasdrubal parvient à vaincre les frères Scipion, qui périssent avec tous leurs hommes, et appelle Magon, qui s'apprêtait à rejoindre Hannibal. Il obtient des renforts du roi numide
Massinissa. Il récupère toute l'Hispanie ; 12 000 Romains débarquent à la fin de l'année 211, et reprennent le nord de l'Ebro. Pendant ce temps,
Hannibal décide d'attaquer Rome. Il se présente devant la porte Colline. Les Romains sortent, et un combat s'engage. Selon la légende, une forte grêle obligea alors les deux armées à se séparer. Le temps redevint alors bon. Hannibal prit peur, et retourna à Capoue. Mais il retrouva la cité dévastée, et chercha à reprendre Tarente, en vain. Hannibal obtient quelques victoires, mais subit aussi des défaites. Marcellus le bloque en 209, près de Tarente. Marcus Marcellus meurt cette même année 209, dans une embuscade d'Africains. Toute l'Italie se retourne vers Hannibal, mais Rome mate la rébellion. Malgré cela, un jeune tribun nommé
Publius Cornelius Scipion prend Carthago Nova, en Hispanie.
En 208, Hasdrubal, frère d'Hannibal, traversa les Alpes en plein été avec des renforts. L'un des consuls,
Lucius Salvinator, établit son camp avec 6 légions sur le
Métaure, en face d'Hasdrubal ; l'autre,
Claudius Nero, avec 6 légions, commandait le camp qui empêchait Hannibal de sortir de Capoue depuis plusieurs années. En secret, Nero quitta son camp pour rejoindre Salvinator à marche forcée. Les deux consuls se serrèrent dans le camp, afin que l'ennemi ne remarque pas que des renforts étaient arrivés. Mais les espions d'Hasdrubal remarquèrent des enseignes qu'ils n'avaient jamais vues. Hasdrubal était perplexe. Néanmoins, au matin, lorsque les deux armées se trouvèrent face à face, Hasdrubal vit les soldats fatigués et poussiéreux. Mais il ne pouvait plus abandonner la bataille. Il lança la charge. Mais Nero, qui dirigeait l'armée ce jour là adopta la technique d'Hannibal à Cannes. Hasdrubal fut, selon Tite-Live, le dernier survivant carthaginois qui combattait encore vaillamment. Peu après sa mort, des légionnaires aperçurent deux ou trois cent cavaliers ennemis s'enfuir. Nero refusa de les poursuivre, afin que les Carthaginois et leurs alliés sachent ce qu'il en coûte de tuer des citoyens romains. 56 000 Carthaginois perdirent la vie. La tête tranchée d'Hasdrubal fut jetée par-dessus le parapet du camp d'Hannibal, qui n'avait pas soupçonné que le camp ennemi qui l'empêchait de quitter la ville était vide.
Magon, frère d'Hannibal, revient en Italie avec 15000 hommes, et détruit
Gênes. Philippe de Macédoine signe la paix avec Rome. Pendant trois ans, Magon tient Rome en échec, mais ne parvient pas à rejoindre Hannibal.
En 204, Publius Cornélius Scipion, le tribun d'Hispanie, élu consul, part du port d'
Ostie vers l'
Afrique avec 30 000 hommes, et débarque à
Utique. Scipion et Massinissa, qui s'est rallié à Rome, affrontent Hasdrubal, fils de Giscon, ami intime d'Hamilcar et
Syphax, autre roi numide. Au printemps 203, Scipion parvient à vaincre ses deux ennemis, prend Utique et marche sur Carthage. Le Conseil demande alors la paix, et rejette la faute sur Hannibal. Mais Scipion dit que
la paix ne pourra être faite tant que Carthage n'aura pas autant souffert que Rome.
En 203, Hannibal fut rappelé à Carthage. Magon tente une dernière fois de le rejoindre, et meurt en route, lors d'une bataille. Sur le bateau qui le ramenait chez lui, le roi carthaginois était plein d'amertume. Il disait que si Scipion était parvenu là, c'était parce que son pays avait résisté, lui avait tout donné, avait posé sur lui tous ses espoirs. Il regrettait que Carthage n'ait pas fait de même avec lui, au point qu'il regretta de ne pas être né à Rome.
En
automne 202 avant J.C., les deux armées commandées par Hannibal avec 40 000 hommes et 40 éléphants et Scipion, qui devait recevoir plus tard de surnom de l'Africain avec 30 000 hommes se tenaient face à face sur la plaine aride de
Zama, à moins de 30 kilomètres au sud de Carthage. Les deux généraux s'avancèrent pour se parler. Hannibal, qui se rendait compte de l'état déplorable de ses troupes, voulait la paix. Pendant quelques minutes, aucun des deux ne parlaient : ils s'intimidaient mutuellement. Enfin, Hannibal proposa que chacun rentre chez soi, et que Carthage paie un tribut à Rome. Scipion dit qu'il était là pour venger les morts romains, et qu'il anéantirait l'armée carthaginoise.
La bataille commença. Tout d'abord, Scipion détourna la charge des éléphants en faisant tout d'un coup sonner toutes les trompettes. Les éléphants firent demi-tour et piétinèrent les Carthaginois, avant que les cornacs ne les arrêtent en leur enfonçant un pieu dans la nuque. Le combat fut rapide. 20 000 Carthaginois restèrent sur le terrain, 20 000 furent faits prisonniers.
VIII- Bilan Carthage, vaincue, fut contrainte de payer un tribut exorbitant, qu'elle finit de payer trois mois avant que Rome ne décide d'anéantir la ville, en 149. En outre, tous les vaisseaux furent détruits et la moitié de l'armée fut démobilisée. Hannibal fut rappelé par Rome pour diriger Carthage, mais il dut s'exiler en Syrie, où il convainquit Antiochus de déclarer la guerre à Rome. Ceci parce que les Alliés de Rome s'inquiétaient du redressement de la cité. En 183 avant J.C., les Romains encerclent sa maison, après avoir vaincu Antiochus. Hannibal se suicide alors en avalant du poison.
Les alliés infidèles de Rome furent exclus du droit du sol et furent dispersés. Le Sénat, qui s'était montré si persévérant et avait fait tant de sacrifice devint plus important que jamais.
Certains hommes qui s'étaient mis en valeur durant la guerre reçurent richesse et prestige personnel, ce qui n'aurait pas dû arriver avec l'idée de la démocratie à l'époque. En outre, Rome avait été contrainte de faire un immense effort financier, avec l'apparition du denier, une valeur fixe de la monnaie, et bien sûr le coût de la guerre. Celui-ci était tellement élevé que Rome dut emprunter à ses citoyens et faire une demande de dons.
Mais les alliés restés fidèles ne reçurent pas le statut de citoyens romains qu'ils désiraient. Capoue fut rasée, ses habitants dispersés et ses responsables exécutés.
La Macédoine, qui avait aidé Hannibal fut vaincue et dut payer un tribut.
Ainsi, Rome devint la maîtresse incontestée dans tout le bassin méditerranéen, au point que Polybe, ami de Scipion après avoir été son prisonnier de guerre écrit : «
Les Romains, eux, ont forcé non pas quelques contrées mais presque tous les peuples de la terre à leur obéir, si bien qu'il n'est personne aujourd'hui qui puisse leur résister et que, dans l'avenir, nul ne peut espérer les surpasser ».